LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: Keith Skiffington, Acadia (1979)
Lors de la 15e Coupe Vanier, les Axemen d’Acadia ont défait les Mustangs de Western par 34-12 au Stade Varsity à Toronto pour remporter le premier championnat de l’USIC de leur histoire. Il s’agissait d’une douce revanche pour le programme des Axemen, qui s’était incliné devant Western Ontario lors de la finale canadienne en 1976 et 1977. Le demi défensif Keith Skiffington, un produit des Maritimes originaire de Moncton, N.-B., est l’un des nombreux porte-couleurs d’Acadia qui allaient mériter une deuxième bague de la Coupe Vanier deux ans plus tard grâce à un triomphe sur l’Alberta.
LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: 1979
Une conversation avec...
Keith Skiffington, demi défensif, Axemen de l’Université Acadia
Lors de la 15e Coupe Vanier, les Axemen d’Acadia ont défait les Mustangs de Western par 34-12 au Stade Varsity à Toronto pour remporter le premier championnat de l’USIC de leur histoire. Il s’agissait d’une douce revanche pour le programme des Axemen, qui s’était incliné devant Western Ontario lors de la finale canadienne en 1976 et 1977. Le demi défensif Keith Skiffington, un produit des Maritimes originaire de Moncton, N.-B., est l’un des nombreux porte-couleurs d’Acadia qui allaient mériter une deuxième bague de la Coupe Vanier deux ans plus tard grâce à un triomphe sur l’Alberta.
Quel est votre principal souvenir de la semaine de la Coupe Vanier et de votre expérience en général en 1979?
La semaine de la Coupe Vanier fut une expérience extraordinaire. Nous partions de Wolfville, N.-É., et nous retrouvions à Toronto pour y disputer un championnat canadien, alors nous nous sentions un peu comme des vedettes. Les événements dans les jours menant à la partie -- soupers et conférences de presse -- n’ont fait qu’ajouter à l’expérience. Gagner le match fut la cerise sur le sundae.
Notre entraîneur-chef, John Huard, savait que nous serions excités en arrivant à Toronto, alors il nous a encouragé à sortir le premier soir afin de faire tomber un peu de pression et de nous amuser. Nous sommes tous allés au Brunswick House pour prendre quelques bières. Toutefois, je me souviens qu’il nous avait dit « qu’il allait nous donner juste assez de corde pour nous pendre ». Alors après cette première soirée, personne n’est sorti et nous nous sommes concentrés sur le travail à accomplir jusqu’à la partie. C’était la culture dans l’entourage de l’équipe.
Quel est votre principal souvenir du match comme tel?
La foule, l’excitation de jouer dans une finale canadienne et le sentiment, lorsque nous avons pris une confortable avance, que nous allions gagner!
Quel fut le jeu clé du match selon vous?
Western a marqué sur sa première série à l’attaque et avait bougé le ballon avec beaucoup de facilité. À leur deuxième série, notre défensive a tenu le coup mais, sur le dégagement qui s’en est suivi, Ron Martin a écopé d’une punition pour avoir rudoyé le botteur, ce qui a permis à Western de conserver le ballon. Coach Huard était furieux et je me souviens qu’il avait enguirlandé Ron et qu’il avait remis en question sa discipline. Ironiquement, Ron devait connaître une exceptionnelle carrière comme officier dans les Marines aux États-Unis.
Coach Huard a demandé un temps d’arrêt et s’est adressé à toute l’équipe sur les lignes de côté. Il nous a dit que nous devions nous calmer et jouer notre match et que nous étions meilleurs que Western. À partir de ce moment, l’allure du match a changé.
(Note : Tirant de l’arrière par 8-0 au milieu du premier quart, Acadia a marqué 24 points de suite avant la mi-temps pour retourner au vestiaire avec une avance de 24-8)
Personnellement, quel fut votre plus gros jeu ou votre plus importante contribution dans le match?
Le jeu dont je me souviens est survenu suite à un attrapé au milieu du terrain par leur ailier rapproché. Ce n’était pas un jeu bien spectaculaire, mais j’ai dû effectuer un bon plaqué à un contre un, en plein centre du terrain. Ce jeu a été inclus dans une vidéo des faits saillants du match, alors je m’en suis toujours souvenu.
Est-il survenu quelque chose d’inhabituel ou hors de l’ordinaire pendant le match ou pendant la semaine?
La Princesse Anne était à Toronto et elle a assisté à un des soupers et au match. Le protocole voulait que tout le monde attende que la Princesse Anne soit assise pour commencer à manger. Essayer de contrôler deux équipes de football qui n’avaient d’yeux que pour les petits pains tenait de la comédie.
Pendant le match, suite à un de nos touchés, Bruce Tufts, qui s’occupait des bottés de reprise, a visé directement un des joueurs de première ligne de Western. Le ballon a rebondi sur lui et nous l’avons récupéré. Nous croyions tous que Bruce allait s’élancer de toutes ses forces et botter le plus loin possible. Après le match, je l’ai questionné à propos de ce jeu et il m’a dit que c’était prévu. Sur le botté de reprise précédent, il avait remarqué que ce joueur de Western n’était pas attentif et il en avait parlé à Coach Huard.
Les entraîneurs ont-ils changé quoi que ce soit dans la routine habituelle en préparation pour le match?
Avant notre départ pour Toronto, nous avons pratiqué sur le Terrain des Présidents plutôt que sur notre modeste terrain habituel, un changement qui était le bienvenu et une récompense pour notre qualification pour la Coupe Vanier. Pour ce qui est du plan de match, par contre, nous avions confiance en nos moyens tant à l’attaque qu’en défensive, alors outre quelques petits ajustements apportés après avoir visionné des films, notre préparation fut à peu près la même qu’à l’habitude.
Comment avez-vous réagi - personnellement ou en tant que groupe - au stade, à la foule, aux conditions climatiques?
Nous avons commencé le match lentement et Western s’est emparé d’une avance de huit points au premier quart. Les conditions climatiques n’ont pas été un facteur, mais je crois que nous étions un peu trop excités en raison de l’ambiance, des 19 000 spectateurs au Stade Varsity et aussi parce que nous affrontions Western, qui avait battu Acadia lors de la Coupe Vanier en 1976 et 1977. Les Mustangs étaient plus gros que nous, particulièrement sur la ligne offensive, et il comptait sur Greg Marshall comme porteur de ballon. Avant la rencontre, les médias ne parlaient que de Western et à quel point ils étaient dominants. Il nous a fallu un quart pour nous ajuster.
(Note: Marshall, qui allait mériter le trophée Hec Crighton l’année suivante à titre de joueur par excellence au pays, avait connu un fort match avec 96 verges et un touché en seulement 10 courses, mais au niveau des statistiques par équipe, Acadia avait eu le dessus pour les verges au sol, par 210 contre 182)
Quels sont vos souvenirs des célébrations d’après-match sur le terrain et/ou dans le vestiaire?
L’après-match a été génial. La sensation d’avoir gagné était indescriptible. Nous avions finalement aidé Acadia à gagner le gros match et notre victoire était considérée comme une surprise. Tout le monde criait, hurlait, se sautait dans les bras. Ceci étant, notre équipe de 1979 avait une attitude très pragmatique. Alors une fois que les émotions des premiers instants se sont envolées, la célébration dans le vestiaire s’est poursuivie de façon plutôt calme et ordonnée.
Nous sommes retournés à l’hôtel et une caisse de bière avait été déposée dans chaque chambre. Nous avons fumé des cigares et il y a eu une grande fête qui a duré toute la nuit avec des diplômés et des amis. Nous sommes restés debout très tard et tout le monde était épuisé lorsque nous nous sommes regroupés dans le lobby de l’hôtel le lendemain matin pour le départ vers l’aéroport.
Quels sont vos souvenirs du voyage de retour?
C’était excitant de nous rendre à l’aéroport et d’embarquer dans l’avion avec la Coupe Vanier. Les gens nous arrêtaient et nous félicitaient dans l’aéroport. Une fois dans l’avion, on a mentionné notre victoire au haut-parleur et tout le monde s’est mis à applaudir.
Quelle fut la réaction sur le campus à votre retour?
Les plus importantes célébrations ont eu lieu quand nous sommes rentrés à Wolfville. Les camions de pompier sont venus à notre rencontre à l’entrée de la ville, là où se trouve une pancarte indiquant Bienvenue à Wolfville. Nous sommes tous montés sur les camions de pompier et avons traversé la ville au son des sirènes et en illuminant les rues à l’aide des puissantes lumières. Les rues étaient pleines d’étudiants, mais aussi de résidants, tout le monde criait et chantait la chanson « Stand up and Cheer ». Les célébrations ont continué jusqu’à la pause de Noël et il y a eu une ambiance de fête sur le campus jusqu’à la nouvelle année.
Cette conquête de la Coupe Vanier a mis Acadia et la Nouvelle-Écosse sur la carte sportive à l’échelle nationale et a procuré un sentiment de fierté même chez les gens qui n’avaient aucun lien avec Acadia.
À l’époque, comme cette victoire à la Coupe Vanier a-t-elle changé votre quotidien?
Cette victoire m’a donné confiance et cette confiance est demeurée avec moi toute ma vie.
À quelle fréquence vous remémorez-vous ces victoires à la Coupe Vanier?
Le sujet est abordé automatiquement lorsque je parle à des gens et qu’ils découvrent que j’ai joué au football à Acadia à cette époque. Coach Huard, les entraîneurs adjoints et mes coéquipiers sont demeurés des amis très proches et il s’est formé un lien très spécial entre nous. Nous nous regroupons assez régulièrement, habituellement à un match de la Coupe Grey ou de la Coupe Vanier, et nous adorons ressasser les mêmes vieilles histoires et nous amuser comme dans le bon vieux temps.
À propos de Keith Skiffington (courtoisie du Service des sports de l’Université Acadia):
En 1979, les Axemen étaient bien préparés pour la Coupe Vanier après des participations infructueuses en 1976 et 1977. Le programme avait connu une « américanisation » dans les années 1970 alors que plusieurs entraîneurs et joueurs avaient traversé la frontière pour aider Acadia à prendre sa place dans le monde du football canadien. Originaire de Moncton, N.-B., Keith Skiffington était l’un des rares athlètes des Maritimes qui occupaient un poste de partant avec les Axemen lors des conquêtes de 1979 et 1981.
L’ancien demi défensif habite aujourd’hui à Halifax et est président de Football Nouvelle-Écosse. Il a récemment été désigné comme l’un des capitaines honoraires de l’équipe de football des Axemen dans le cadre des célébrations entourant les 175 ans d’Acadia.
