LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: Jim Donlevy, Alberta (1980)
Lors de la 16e Coupe Vanier, au Stade Varsity à Toronto, les Golden Bears de l’Alberta ont dominé les Gee-Gees d’Ottawa par 35-0 en première demie en route vers une convaincante victoire de 40-21 et leur troisième conquête du titre canadien. Le légendaire Jim Donlevy a participé aux trois triomphes des Golden Bears, soit comme entraîneur adjoint en 1967 puis comme entraîneur-chef en 1972 et 1980.
LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: 1980
Une conversation avec...
Jim Donlevy, entraîneur-chef, Golden Bears de l’Université de l’Alberta
Lors de la 16e Coupe Vanier, au Stade Varsity à Toronto, les Golden Bears de l’Alberta ont dominé les Gee-Gees d’Ottawa par 35-0 en première demie en route vers une convaincante victoire de 40-21 et leur troisième conquête du titre canadien. Le légendaire Jim Donlevy a participé aux trois triomphes des Golden Bears, soit comme entraîneur adjoint en 1967 puis comme entraîneur-chef en 1972 et 1980.
Parlez-nous de la victoire contre Western Ontario en demi-finale canadienne en 1980. Ce fut tout un choc pour les programmes de l’est du pays.
Western formait une puissante équipe. Greg Marshall, qui avait mérité le trophée Hec Crighton cette saison-là, était leur porteur de ballon vedette, et ils comptaient sur plusieurs autres joueurs étoiles. Leur réputation n’était plus à faire. Je crois qu’ils ont peut-être péché par excès de confiance en se présentant à Edmonton. Ça m’a rappelé le « Golden Bowl » en 1963 contre Queen’s, une autre puissance de l’est canadien. Ils avaient dû se déplacer à Edmonton et les Golden Bears avaient eu le meilleur.
En 1980, notre personnel d’entraîneurs avait fait un travail exceptionnel pour décortiquer les systèmes de Western, et en particulier le rôle de Marshall. Western avait dominé ses adversaires en Ontario, mais Clarence Katchman et ses adjoints en défensive, Larry Dufresne et Dan Syrotuik, avaient très bien préparé notre équipe pour les affronter. Il existe une photo classique de notre joueur de ligne défensive Blake Dermott et des secondeurs Nereo Bolzon and Stew McAndrews refermant la brèche et écrasant Greg Marshall. Cette photo représente à merveille notre préparation en défensive.
Quel est votre principal souvenir de la semaine de la Coupe Vanier et de votre expérience en général?
Le meilleur souvenir, évidemment, est d’avoir remporté la Coupe Vanier. Ce n’est pas quelque chose qui arrive à toutes les semaines. J’ai eu la chance de faire partie de six équipes des Golden Bears qui ont participé à la Coupe Vanier. Des joueurs, entraîneurs et membres du personnel de soutien qui ont réussi à l’emporter à trois reprises, mais la victoire de 1980 demeure spéciale.
Quand nous sommes arrivés à Toronto pour la semaine de la Coupe Vanier, nous n’avons pas eu accès au terrain du Stade Varsity pour pratiquer. Nous avons toutefois été en mesure de nous entraîner sur un terrain à proximité. Après la pratique, nous avons réussi à entrer dans le Stade Varsity et l’équipe s’est regroupée dans la zone des buts à l’extrémité nord. C’était un stade historique; la Coupe Grey de 1954 y avait été disputée, quand le légendaire Jackie Parker a récupéré un ballon échappé et a couru sur 90 verges pour marquer le touché gagnant pour les Eskimos. Nous étions dans la zone des buts, dans le noir, et j’ai dit à l’équipe ‘Regardez autour de vous. Il y a beaucoup d’histoire dans ce stade, sur ce terrain.’ Je crois que ce moment fut assez spécial et important pour nos joueurs.
Quel est votre principal souvenir du match comme tel?
Notre personnel d’entraîneurs avait regardé beaucoup de films sur Ottawa et nous savions qu’ils aimaient appliquer de la pression avec leur maraudeur. Assez tôt dans le match, notre quart-arrière Forrest Kennerd a appelé un jeu de passe spécial. Peter Eshenko, qui évoluait à la position d’ailier espacé, a effectué un tracé profond qui a littéralement cloué au sol son couvreur. Forrest, qui n’était pas le plus grand gars au monde, était sur le point de se faire frapper solidement par le maraudeur. Mais il savait exactement où Peter allait être, alors il a simplement lancé le ballon et n’a jamais vu l’attrapé. Peter a capté la passe pour un touché. Ce fut un jeu clé pour nous et a mis la table pour une victoire convaincante.
Physiquement, Ottawa avait eu le dessus. Ils formaient une très bonne équipe. Nous comptions sur un seul membre de l’équipe d’étoiles canadienne cette année-là – le demi défensif Gord Syme. Mais j’ai toujours dit à propos de cette équipe des Golden Bears, ‘Nous n’avions pas beaucoup de joueurs étoiles; nous avions une équipe étoile.’ C’était un groupe de joueurs extraordinaire qui a progressé tout au long de la saison.
(Note: Les 316 verges par la passe de Kennerd dans le match représentaient un record de la Coupe Vanier à l’époque, alors que ses quatre passes de touché et les trois touchés sur des réceptions d’Eshenko égalaient des marques de la Coupe Vanier qui tiennent toujours aujourd’hui)
Est-il survenu quelque chose d’inhabituel ou hors de l’ordinaire pendant le match ou pendant la semaine?
Après notre première pratique à l’Université de Toronto, l’autobus ne s’est jamais présenté. Nous sommes donc retournés à l’hôtel à la course, en traversant le centre-ville de Toronto avec notre équipement sur le dos. Plusieurs joueurs en étaient à une première visite à Toronto, alors il aurait été normal d’être impressionné par la ville elle-même ou par tout ce qui entourait la semaine de la Coupe Vanier. Je crois que cet épisode, traverser la ville avec notre équipement sur le dos, en pleine heure de pointe, a vraiment contribué à calmer les gars, à oublier les distractions et à se concentrer sur le football.
Les entraîneurs ont-ils changé quoi que ce soit dans la routine habituelle en préparation pour le match?
Nous n’avons rien changé à notre préparation habituelle, et je crois que ce fut l’une des clés de notre victoire. La façon dont les joueurs allaient approcher ce match était très importante pour nous. Nous avions mis la table pour cette partie tout au long de l’année, mais dans les faits, cette équipe progressait ensemble depuis deux ans déjà.
Quels sont vos souvenirs des célébrations d’après-match sur le terrain et/ou dans le vestiaire?
Il existe une photo classique du personnel d’entraîneurs autour de la Coupe Vanier dans le vestiaire. Nous portons tous les mêmes vêtements que pendant le match sauf un de nous, qui ne porte qu’une serviette autour de la taille!
Un moment spécial est survenu à notre retour à l’hôtel, dans la salle de réception. Le Dr Myer Horowitz, qui était le recteur de l’Université de l’Alberta à l’époque, voulait s’adresser à l’équipe. Comme il n’était pas très grand, quelques-uns des joueurs l’ont soulevé et l’ont installé sur une chaise, d’où il a félicité le groupe. Après son discours, le Dr Horowitz a invité les entraîneurs et leurs épouses à souper dans un restaurant italien huppé, où nous avons célébré. Le Dr Horowitz était un homme et un président spécial. Il comprenait vraiment l’importance du sport universitaire au Canada. Il suivait de près les activités de toutes les équipes de notre université.
Quelle fut la réaction à Edmonton et sur le campus à votre retour?
Je me souviens que Wes Montgomery, une personnalité de la radio à Edmonton, m’avait dit à notre retour que nous devions rester humbles, et c’est ce que nous avons essayé de faire. Nous comptions sur d’excellents athlètes, mais il n’y avait pas de gros égo dans le vestiaire, tous comprenaient qu’un joueur ne peut gagner un match à lui seul. Nous gagnions et perdions en équipe.
Je crois qu’il y a eu une fête sur le campus, mais c’était seulement pour les joueurs et leurs copines. Il n’y avait pas eu de grosse parade en notre honneur, rien à l’hôtel de ville d’Edmonton, mais ce n’était pas important pour nous. Nous n’avions pas besoin de ça. L’équipe, et aujourd’hui les amitiés pour la vie. C’est tout ce qui comptait pour nous.
Comment était le personnel d’entraîneurs en 1980?
C’est peut-être le meilleur personnel d’entraîneurs avec lequel j’ai eu la chance de travailler. Jim Lazaruk, Clarence Kachman, Dan Syrotuik, Larry Dufresne et Murray Smith, dont la contribution fut exceptionnelle. Murray, bien sûr, était professeur à l’U de A et était l’ancien entraîneur-chef de l’équipe de football et de celle de natation. Il était aussi mon mentor et mon ancien conseiller académique alors que j’étais étudiant à l’U de A. Quand je lui ai demandé de se joindre à notre groupe d’entraîneurs, il m’a répondu ‘je crois que je ne suis plus à la hauteur, le jeu a trop évolué pour moi.’ Mais le jeu n’avait pas trop évolué pour lui. Il apportait une perspective si unique dans tous les aspects du jeu. Il a vraiment apporté une autre dimension, tant pour les entraîneurs que pour les joueurs.
Tout le monde contribuait de façon importante. De mon côté, je suis plus porté sur la stratégie, les X et les O. Mais parfois, on peut se perdre dans les stratégies et ne pas connaître de succès. Je me souviens de notre première réunion d’équipe cette année-là. Jim Lazaruk avait dit « Un instant, pourquoi ne pas nous attarder en premier à la philosophie d’équipe? » Murray Smith et lui étaient très portés sur les principes d’équipe et sur la philosophie, pour eux, c’est par cela que tout commençait. Nous pouvions nous disputer et argumenter dans la salle des entraîneurs, mais une fois sur le terrain, nous étions unis à 100%, nous ne formions qu’un. C’est ça, le sport d’équipe.
Vous aviez précédemment remporté la Coupe Vanier comme entraîneur adjoint en 1967 et comme entraîneur-chef en 1972. Où se situe le triomphe de 1980 comparativement aux deux autres? Quelle était la différence entre la victoire de 1980 et celle de 1972?
Être l’un des adjoints de Clare Drake en 1967 était vraiment spécial. Je me souviens qu’après notre victoire, Don Barry, qui s’occupait des joueurs de ligne, se promenait sur le terrain avec une section du poteau des buts. C’était très spécial car c’était notre première conquête.
En 1972, bien que nous avions remporté les grands honneurs, j’avais l’impression que nous avions été un peu chanceux. Nous avions beaucoup de talent, les joueurs étaient bien préparés et totalement dévoués à la cause, mais il y avait eu une part de chance dans notre victoire. Par contre, en 1980, j’avais vraiment l’impression que nous étions en contrôle de la situation. Nous formions la meilleure équipe cette journée-là et c’est pourquoi nous avons gagné.
À quelle fréquence vous remémorez-vous vos victoires à la Coupe Vanier?
Clarence Kachman et Larry Dufresne sont des amis qui me sont très chers et nous évoquons ces souvenirs de temps en temps, mais sans vivre dans le passé. Nous avons eu une très belle réunion il y a quelques années et plusieurs gars y ont assisté – entre autres Jamie Crawford, notre imposant quart substitut gaucher, qui était venu de Montréal pour l’occasion. Qui sait, peut-être que nous organiserons une autre réunion pour fêter les 40 ans de notre victoire de 1967.
