LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: Brent Schneider, Saskatchewan (1996)
Lors de la 32e Coupe Vanier, au SkyDome de Toronto, les Huskies de la Saskatchewan ont marqué 31 points sans riposte en deuxième demie pour vaincre les X-Men de StFX par 31-12 et remporter le deuxième titre canadien de leur histoire. Pour plusieurs joueurs de l’UdeS, cette victoire leur permettait d’effacer le souvenir d’une défaite crève-cœur en prolongation contre Western Ontario lors de la finale nationale de 1994. L’un de ces vétérans était le quart-arrière Brent Schneider, qui avait été choisi joueur du match dans une cause perdante en 1994 et qui a mérité l’honneur à nouveau en 1996, faisant de lui l’un des deux seuls joueurs à avoir remporté deux fois le trophée commémoratif Ted Morris.
LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: 1996
Une conversation avec...
Brent Schneider, quart-arrière, Huskies de l’Université de la Saskatchewan
Lors de la 32e Coupe Vanier, au SkyDome de Toronto, les Huskies de la Saskatchewan ont marqué 31 points sans riposte en deuxième demie pour vaincre les X-Men de StFX par 31-12 et remporter le deuxième titre canadien de leur histoire. Pour plusieurs joueurs de l’UdeS, cette victoire leur permettait d’effacer le souvenir d’une défaite crève-cœur en prolongation contre Western Ontario lors de la finale nationale de 1994. L’un de ces vétérans était le quart-arrière Brent Schneider, qui avait été choisi joueur du match dans une cause perdante en 1994 et qui a mérité l’honneur à nouveau en 1996, faisant de lui l’un des deux seuls joueurs à avoir remporté deux fois le trophée commémoratif Ted Morris.
Quel est votre principal souvenir de la semaine de la Coupe Vanier et de votre expérience en général en 1996?
Je me souviens d’avoir essayé de profiter de l’expérience au maximum. C’était ma troisième présence à la Coupe Vanier, deux comme joueur et une autre comme candidat au trophée Hec Crighton. J’avais toujours rêvé de participer à ces célébrations et d’avoir la chance de gagner la Coupe Vanier. J’ai vraiment essayé de profiter du banquet et des entraînements, car je savais que ce serait ma dernière participation en tant que joueur. J’avais une motivation additionnelle parce que c’était mon dernier match universitaire et aussi parce que nous avions subi un revers crève-cœur en 1994.
Je me souviens qu’il avait neigé cette semaine-là à Toronto et que nous avions dû pratiquer à l’extérieur au Stade Lamport. Il y a au moins une journée où le terrain n’avait pas été déblayé du tout. Nous ne nous sommes pas laissé déranger par ça. Au contraire, nous nous étions amusés pendant les pratiques et pendant toute la préparation pour le plus gros match de notre vie. Nous étions un groupe très relax, mais très concentré et déterminé.
(Note: Lors de la Coupe Vanier de 1994, Western Ontario avait égalé la marque grâce à un placement alors qu’il ne restait que quatre secondes à écouler, avant de l’emporter par 50-40 en surtemps contre les Huskies. Schneider avait été époustouflant malgré la défaite, lui qui avait établi des records de la Coupe Vanier avec 538 verges par la voie des airs, 67 passes tentées et 36 complétées, en plus d’égaler le record du match avec quatre passes de touché. Lors de la finale de 1996, il avait offert une « modeste » performance de 15 en 29 pour 237 verges, trois touchés et aucune interception)
Quel est votre principal souvenir du match comme tel?
Un de mes souvenirs les plus marquants est celui de notre coéquipier Joe Saul, recroquevillé dans le vestiaire avant le match et à la mi-temps parce qu’il était très malade, mais qui avait insisté pour jouer et avait disputé un match du tonnerre. Et comment oublier notre retard de 12-0 à la mi-temps. Steve Cornish y était allé d’un discours très émotif.
Mais ce dont je me souviens le plus, c’est au quatrième quart, quand Mike Stewart a réussi une interception et l’a retournée le long de notre ligne de côté jusque dans la zone des buts pour sceller l’issue de la rencontre. Souvent, quand je repense à ce match, c’est ce jeu qui me vient en premier à l’esprit parce que c’est à ce moment que nous avons réalisé que nous allions gagner la Coupe Vanier. Je n’oublierai jamais les célébrations sur le banc.
(Note: Saul, un ailier défensif, et Cornish, un secondeur, étaient tous deux des vétérans de cinquième saison originaire de Moose Jaw, Sask., qui disputaient leur dernier match avec les Huskies. Stewart, un joueur de troisième année originaire de Regina, avait porté la marque à 31-12 Saskatchewan avec son touché de 51 verges alors qu’il restait 2:02 au cadran)
Quel fut le jeu clé du match selon vous?
Je choisirais plutôt une série de jeux, et non un seul jeu. Nous n’avions pas très bien exécuté offensivement en première demie, mais nous avions le sentiment que si nous marquions tôt en deuxième demie, les choses allaient débloquer.
Nous avons reçu le botté d’envoi et avons méthodiquement avancé jusqu’à leur ligne de six verges. Je me souviens à quel point j’étais heureux de me retrouver dans l’ombre de l’écran géant à cette extrémité du terrain. Au premier essai, j’ai lancé une passe rapide sur ma gauche vers Jarret Rennie pour nos premiers points du match. Le vent venait de tourner.
(Note : Tirant toujours de l’arrière par 12-7 à l’aube du quatrième quart, les Huskies avaient explosé au dernier engagement avec un placement et trois touchés, dont deux autres passes payantes de Schneider, une de 63 verges à David Murza et une de 20 verges à Rennie)
Personnellement, quel fut votre plus gros jeu ou votre plus importante contribution dans le match?
Mon dernier jeu est celui dont je me souviens le plus. Nous étions environ à la ligne de 20 verges de StFX. Quand j’ai reçu le ballon, j’ai reconnu une couverture homme-à-homme et j’ai lancé une longue passe très haute dans le coin de la zone des buts qui est tombée directement dans les mains de Jarrett (Rennie). C’est un jeu inoubliable pour moi car ce fut le dernier de ma carrière de joueur.
Est-il survenu quelque chose d’inhabituel ou hors de l’ordinaire pendant le match ou pendant la semaine?
Il est survenu une situation plutôt cocasse. Le jour du match, l’autobus ne s’est jamais présenté à l’hôtel pour nous amener au SkyDome. Nous avons donc appelé des taxis et je me souviens que nous disions à la blague que nous étions des vedettes, car nous entrions dans le SkyDome en taxi. La seule chose qui aurait pu battre ça, c’est d’arriver en limousine.
Les entraîneurs ont-ils changé quoi que ce soit dans la routine habituelle en préparation pour le match?
Nous avons essayé de conserver la même routine. Par contre, en 1996, il y avait une pause de deux semaines entre la Coupe Churchill et la Coupe Vanier. La première semaine, il avait fait très froid à Saskatoon, alors nous avions pratiqué à l’intérieur, mais sur une surface très dure. Nous n’étions pas très heureux de cette situation, mais il n’y avait pas d’autres options. Je me souviens de m’être dit que je ne pouvais attendre de partir pour Toronto.
Comment avez-vous réagi - personnellement ou en tant que groupe - au stade et à la foule?
La plupart d’entre nous avions déjà vécu l’expérience du SkyDome en 1994. Cependant, en 1994, nos trois pratiques avaient eu lieu au SkyDome alors qu’en 1996, nous avions dû pratiquer à l’extérieur au Stade Lamport parce qu’on tournait un film de baseball au SkyDome. Nous n’avions pu pratiquer au SkyDome avant le vendredi, soit la veille du match, et c’est seulement cette journée-là que nous avions pu nous installer dans notre vestiaire. Les deux journées précédentes, nous avions utilisé le vestiaire des Raptors. Ceci étant, comme une majorité d’entre nous avions vécu l’expérience du SkyDome deux ans plus tôt, rien de tout cela ne nous a affecté.
Quels sont vos souvenirs des célébrations d’après-match sur le terrain et/ou dans le vestiaire?
Je me souviens que tout le monde se faisait prendre en photos avec la Coupe. Il y avait eu la photo d’équipe, puis des photos par position, des photos avec les familles, et j’en passe. Il m’a semblé que nous avions passé des heures sur le terrain. Dave Fisher et moi avions été parmi les derniers à rentrer au vestiaire et, quand nous avons fait notre entrée avec la Coupe dans les mains, je croyais que le plafond du vestiaire allait sauter.
La fête d’après-match avait eu lieu dans une salle de bal de l’hôtel. Nous avions eu beaucoup de plaisir à boire à partir de la Coupe et à prendre des photos. Notre ancien coéquipier, Duane Dymitryshyn, venait de gagner la Coupe Grey avec les Argonauts de Toronto la semaine précédente, alors il est venu nous rejoindre avec le trophée et nous avons bu à partir de la Coupe Grey également.
Quels sont vos souvenirs du voyage de retour?
Le vol de l’équipe partait très tôt le lendemain matin. Notre directeur de l’information sportive -- Paul Bennett – devait prendre un vol plus tard cette journée-là, mais il désirait rentrer plus tôt à la maison. J’ai décidé de changer de billet avec lui afin de repartir plus tard dans la journée, sur le même vol que ma future épouse, Koraley, et mes parents.
J’ai reçu un appel de la réception le matin, après le départ de l’équipe. On m’a informé qu’on avait trouvé la Coupe Vanier quelque part dans l’hôtel et qu’elle n’était pas repartie à Saskatoon avec l’équipe. Quand est venu le temps de partir à notre tour pour l’aéroport, nous avons d’abord pensé à l’apporter avec nous. Mais c’est un immense trophée et il n’y avait pas de place dans le taxi. Nous avons donc fait des arrangements pour la faire envoyer à Saskatoon sur un autre vol. Quand nous sommes finalement arrivés à Saskatoon, de nombreux médias s’étaient déplacés car ils pensaient que nous arrivions avec la Coupe. Je me souviens de leur déception quand ils nous ont vus descendre de l’avion les mains vides. Le plus drôle, c’est que de folles rumeurs se sont mises à circuler, certaines disaient que nous avions tellement fêté que la Coupe avait été retrouvée sous un lit. Je n’ai jamais cru aucune de ces histoires. Je crois simplement que personne n’a pensé à embarquer le trophée dans l’autobus.
Quelle fut la réaction à Saskatoon à votre retour?
Les gens sur le campus et à Saskatoon étaient vraiment excités. Les gens nous reconnaissaient et nous félicitaient. J’ai eu la chance de visiter de nombreuses écoles avec la Coupe et la réaction des enfants est quelque chose que je n’oublierai jamais.
À l’époque, comment cette victoire à la Coupe Vanier a-t-elle changé votre quotidien?
Pour moi, remporter la Coupe Vanier était le summum d’une longue carrière de football, qui incluait également une conquête du championnat canadien junior. Gagner la Coupe Vanier était un rêve de jeunesse car mon père a joué dans deux Coupes Vanier avec les Golden Bears de l’Université de l’Alberta et il l’a gagnée en 1967. J’ai grandi en sachant à quel point cette victoire avait été importante pour mon père. Alors le fait de la gagner à mon tour, c’est un accomplissement très spécial que nous partageons.
Je me suis marié l’été suivant et, encore aujourd’hui, nous regardons des photos de la Coupe Vanier servant de bol à punch à notre réception. Les gens adorent vraiment se faire prendre en photos avec la Coupe. Je me souviens même qu’il y avait une file à notre réception pour se faire prendre en photos avec le trophée.
À quelle fréquence vous remémorez-vous cette victoire à la Coupe Vanier?
J’y repense un peu moins à mesure que les années passent. Je ne vois plus aussi souvent les gars. Quand on se voit maintenant, on parle plus de nos familles et de nos enfants. Mais de temps en temps, je prends le temps d’y repenser, et les souvenirs sont toujours aussi agréables. Mon fils regarde parfois un résumé de 10 minutes du match sur YouTube.
Je crois que le plus important est que nous avons réalisé ce rêve avec un groupe de gars extraordinaire et personne ne pourra jamais nous enlever cette victoire.
En 1996, vous êtes devenu le deuxième joueur seulement à mériter un deuxième trophée commémoratif Ted Morris. Qu’est-ce que cela représente pour vous?
Recevoir le trophée Ted Morris en 1994 avait été vraiment spécial car le nom de mon père est également sur le trophée, puisqu’il l’a gagné en 1967. Par contre, en 1994, nous avions perdu le match, alors c’était difficile de vraiment apprécié cet honneur. Le fait de profiter d’une deuxième chance en 1996 est ce qui comptait le plus. La Coupe Vanier était tout ce qui comptait. Un deuxième trophée Ted Morris était la cerise sur le sundae. Pour être honnête, la Coupe Vanier de 1996 n’avait pas été mon meilleur match. Mais le quart-arrière reçoit souvent les honneurs individuels. La beauté du football est que c’est le sport d’équipe par excellence et cette victoire fut vraiment le résultat d’un travail d’équipe.
Après la défaite crève-coeur de 1994, comment vous sentiez-vous après avoir finalement remporté la Coupe Vanier en 1996?
La défaite en 1994 avait été difficile à avaler. Et je crois que la défaite en prolongation en finale de Canada-Ouest en 1995 contre Calgary avait été encore plus décevante. Nous étions plutôt jeunes en 1994, particulièrement en défensive. Plusieurs joueurs ont vécu les déceptions de 1994 et de 1995. Une fois arrivée la saison 1996, nous n’avions plus d’excuses. Nous formions un groupe expérimenté et le seul objectif était la Coupe Vanier. Pour nous, c’était le seul résultat acceptable. C’est drôle à dire, mais c’est comme si nous nous attendions à gagner. Nous avions de nombreux leaders au sein de cette équipe.
(Note: Après avoir perdu 32-30 en prolongation contre Calgary en finale de Canada-Ouest en 1995, les Huskies furent dominants lors des séries de 1996, disposant de UBC par 37-16 lors de la Coupe Hardy et de Guelph par 33-9 en demi-finale canadienne de la Coupe Churchill avant leur victoire de 31-12 sur StFX à la Coupe Vanier)
Vous avez maintenant pris part à cinq autres Coupes Vanier comme entraîneur. À quel point ce championnat est-il difficile à remporter?
J’ai eu la chance de faire partie de la conquête de 1998 comme entraîneur des quarts-arrières. Cette victoire revêtait un cachet particulier car plusieurs des joueurs étaient mes coéquipiers en 1996, dont plusieurs qui avaient désormais de plus grandes responsabilités comme partants.
Au début des années 2000, il semble que nous nous retrouvions à la Coupe Vanier à chaque année. Malheureusement, nous avons perdu quelques matchs serrés. D’un côté, ces défaites m’ont fait apprécier encore plus mes deux victoires. Elles m’ont fait réaliser que même si on atteint la finale, même si on passe près, ça demeure un trophée extrêmement difficile à gagner. À chaque fois que je vois une photo de moi avec la Coupe Vanier, je me dis que mes coéquipiers et moi sommes très chanceux d’avoir eu l’opportunité de la soulever au bout de nos bras.
(Note: Les Huskies ont remporté une troisième Coupe Vanier en 1998 grâce à un gain de 24-17 sur Concordia, avant de se contenter de la deuxième place en 2002, 2004, 2005 et 2006)
