LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: Francesco Pepe Esposito, Université Laval (1999)
Lors de la 35e Coupe Vanier, le Rouge et Or de l’Université Laval a remporté le premier titre canadien de son histoire grâce à un gain de 14-10 sur les Huskies de Saint Mary’s au SkyDome à Toronto. À sa quatrième saison seulement sur le circuit universitaire, la formation de Québec amorçait alors une irrésistible poussée de huit conquêtes de la Coupe Vanier en l’espace de 15 ans. Francesco Pepe Esposito, un ailier défensif originaire de France, avait été l’un des principaux artisans du premier triomphe du Rouge et Or et avait mérité le prix Bruce Coulter à titre de joueur par excellence du match en défensive.
LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER:
1999
Une conversation avec...
Francesco Pepe Esposito, ailier défensif, Rouge et Or de l’Université Laval
Lors de la 35e Coupe Vanier, le Rouge et Or de l’Université Laval a remporté le premier titre canadien de son histoire grâce à un gain de 14-10 sur les Huskies de Saint Mary’s au SkyDome à Toronto. À sa quatrième saison seulement sur le circuit universitaire, la formation de Québec amorçait alors une irrésistible poussée de huit conquêtes de la Coupe Vanier en l’espace de 15 ans. Francesco Pepe Esposito, un ailier défensif originaire de France, avait été l’un des principaux artisans du premier triomphe du Rouge et Or et avait mérité le prix Bruce Coulter à titre de joueur par excellence du match en défensive.
Quel est votre principal souvenir de la semaine de la Coupe Vanier et de l’expérience en général?
Mon principal souvenir est la préparation du plan de match, les heures à visionner les films qu’avaient préparés nos coachs. Les entraîneurs avaient fait un travail incroyable pour nous préparer pour la finale.
Vous étiez les négligés tout au long des séries éliminatoires, contre Ottawa, Saskatchewan et finalement Saint Mary’s. Quel était l’état d’esprit de l’équipe face à ces adversaires?
Encore une fois, le plan de match et la préparation furent incroyables. Contre Ottawa, nous avions tellement regardé de vidéos que nous connaissions les signaux que le quart-arrière utilisait pour communiquer avec ses receveurs.
Contre Saskatchewan, nous savions exactement ce qu’ils faisaient dans n’importe quelle formation. Il faut dire que les stratégies n’étaient pas très compliquées, mais malgré tout ils étaient très difficiles à stopper. Glen Constantin, qui était coordonnateur défensif à l’époque, avait décelé une faille dans leur protection de passe et avait décidé de faire «blitzer» Benoît Meloche à plusieurs reprises durant le match. Benoît avait probablement connu son meilleur match en carrière avec plusieurs sacs et plaqués pour des pertes.
Contre Saint Mary’s, la tension dans le personnel d’entraîneurs était palpable, mais pas dans nos rangs. Je crois que nous n’avions tout simplement pas conscience des enjeux et je crois que cela était une bonne chose!
(Note: Après avoir entamé les séries éliminatoires avec une convaincante victoire de 42-16 sur Concordia, le Rouge et Or avait vaincu les Gee-Gees d’Ottawa par 38-6 en finale de la CFIOQ et les Huskies de la Saskatchewan par 27-21 à la Coupe Churchill. Les Gee-Gees étaient invaincus à l’aube de la finale de conférence et étaient menés par le quart-arrière Phil Cote, gagnant du trophée Hec Crighton en 1999, alors que les Huskies étaient les champions en titre de la Coupe Vanier)
Quel est votre principal souvenir du match de la Coupe Vanier comme tel?
J’en ai beaucoup, mais il y en a un qui m’a particulièrement marqué et c’est la détermination de mes coéquipiers. Les Huskies étaient réputés pour être très physiques, mais malgré les blessures et les coups durs nous n’avons jamais baissé les bras. Cette détermination a pris corps après notre deuxième défaite de l’année contre Concordia. À partir de ce moment-là, c’est comme si chacun de nous jouait pour les autres.
(Note: Laval avait débuté le calendrier régulier avec trois victoires en 1999 avant de subir des défaites consécutives face à Ottawa, par 34-27, et Concordia, 25-20. Le Rouge et Or allait terminer la saison avec sept victoires de suite)
Quel fut le jeu clé du match selon vous?
C’est certainement la longue passe de Mathieu Bertrand à Pascal Robitaille alors que nous avions les pieds dans notre propre zone des buts. Mathieu a roulé vers sa gauche et il a lancé une balle qui m’a semblé rester dans les airs pendant des heures et qui a finalement été attrapée par Pascal au milieu du terrain. Cela nous a permis de reprendre une bonne position de terrain.
(Note: Au milieu du deuxième quart, alors qu’une égalité de 7-7 persistait, le quart-arrière Mathieu Bertrand a été rejoint derrière la ligne de mêlée pour un sac, ce qui plaçait le Rouge et Or en situation de deuxième essai et 19 verges à franchir à sa ligne de 1. Bertrand, un pivot de deuxième saison qui allait connaître une longue carrière dans la LCF comme centre-arrière avec Edmonton, a sauvé la mise en complétant une passe de 50 verges au vétéran Pascal Robitaille. Bertrand a aussitôt complété une autre passe à Robitaille, celle-là bonne pour un gain de 18 verges à la ligne de 41 de Saint Mary’s. Sur le jeu suivant, le porteur de ballon Stéphane Lefebvre, qui allait être nommé joueur du match, s’envolait sur 41 verges pour son deuxième touché de la rencontre, qui devait s’avérer celui de la victoire)
Personnellement, quelle a été votre plus importante contribution dans le match, votre plus gros jeu?
Je crois que c’est lorsque mon coéquipier Hughes Beauchamps s’est blessé au genou. Glen a décidé de me placer à la position de Hughes et d’embarquer Sébastien Dupuis à ma position. Je crois que mon plus gros jeu a été l’échappé à la fin du match.
Les gens se souviennent de cet échappé que vous avez provoqué en fin de match pour assurer la victoire au Rouge et Or. Parlez-nous un peu de ce jeu.
Tout d’abord, voici quelques points qu’il me faut expliquer pour «planter le décor». Pendant la semaine de préparation, Glen nous avait soulignés que le plaqueur à gauche avait tendance à «sauter» pour ne pas se faire battre à son extérieur et par le fait même à donner l’espace intérieur. Pour un ailier défensif, c’est la voie la plus courte pour atteindre le quart-arrière, mais c’est aussi la plus risquée, car le quart peut alors s’échapper de la pochette et courir. C’est une tactique à double tranchant : soit l’ailier rabat le quart-arrière au sol, soit il permet au quart de gagner des verges.
Un autre point que nous avait souligné Glen durant les visionnements était que le quart-arrière ne tenait pas son ballon collé contre son corps lorsqu’il courait et qu’il fallait en prendre avantage lorsque nous aurions à le plaquer.
Alors voilà : Le score est de 14-10 pour nous et il reste environ 1 minute 50 au match. À ce moment les Huskies ont le momentum. À plusieurs reprises pendant le match, j’ai utilisé une technique pour battre mon bloqueur de vitesse à son extérieur avec succès. La table était alors mise pour le «inside move». Sur le dernier jeu défensif du match, j’ai utilisé une technique qui consiste à feinter d’attaquer son extérieur et de profiter de sa réaction pour passer à l’intérieur.
Le jeu est une catastrophe au départ! Tout se passe très rapidement. Je bats le bloqueur à l’intérieur, il n’y a plus rien entre le quart-arrière et moi. J’accélère pour le plaquer, mais à la dernière seconde, il me voit et la pire chose qui puisse alors arriver arrive. Le quart-arrière m’évite et profite de ma position intérieure pour s’échapper de sa pochette protectrice. À ce moment, je sais pertinemment que je viens de mettre toute la défensive dans le pétrin!
Je prends un angle de poursuite pour essayer de me rattraper. Un secondeur a réagi à mon erreur en se plaçant de telle sorte que le quart-arrière ne puisse que revenir vers le milieu du terrain. C’est là que j’ai pu le rejoindre. À ce moment-là, j’ai clairement vu qu’il ne tenait pas son ballon collé contre son corps. En le plaquant, j’ai essayé de frapper le ballon. Cela a fonctionné, le ballon a roulé au sol et Yves Thériault s’en est emparé.
Donc en résumé, ce jeu est une catastrophe au départ, car si notre capitaine défensif Martin Bédard n’avait pas été là pour le rabattre vers moi, le quart-arrière aurait gagné le premier jeu et l’issue du match aurait pu être toute autre. Le héros de ce jeu, c’est Martin!
(Note: Après avoir récupéré le ballon, Thériault a franchi 28 verges jusqu’à la ligne de 25 des Huskies. Laval a ensuite couru trois fois avec le ballon pour gagner un premier jeu, puis a mis le genou au sol pour mettre un terme au duel. En plus de ce jeu crucial en fin de rencontre, Esposito avait réussi quatre plaqués en solo pendant le match, incluant un sac du quart, en plus de récupérer lui-même un échappé au premier quart)
Est-il survenu quelque chose d’inhabituel ou hors de l’ordinaire pendant le match ou pendant la semaine?
Une équipe francophone qui bat trois grosses cylindrées du football établies depuis des décennies... Je crois qu’à l’époque, c’était assez inhabituel et pas ordinaire! Il faut comprendre nous étions moins gros et athlétiques que nos adversaires. Sur papier, nous n’avions aucune chance. Je serais curieux de connaître notre cote dans le milieu des paris sportifs.
Les entraîneurs ont-ils changé quoi que ce soit dans la routine habituelle dans la préparation pour le match?
Non, les entraîneurs travaillaient toujours de la même façon pour n’importe quel match. Le processus est toujours le même. Chaque détail est décortiqué et expliqué aux joueurs. Glen dit souvent : « Ce n’est pas ce que nous (les entraîneurs) savons qui est important, c’est ce qu’eux (les joueurs) comprennent qui l’est. »
Ce qui fait que le club de football du Rouge et Or est aussi dominant depuis aussi longtemps, c’est tout simplement les heures que passe le personnel d’entraîneur à travailler à la préparation de l’équipe.
Comment avez-vous réagi - vous personnellement et l’équipe - au stade et à la foule de Toronto?
Dès notre arrivée à Toronto, les entraîneurs avaient décidé de nous emmener au SkyDome le plus tôt possible pour nous acclimater au gigantisme du stade, de l’écran géant et des vestiaires pour que cela ne devienne pas une distraction.
La journée du match, nous ne savions pas que des dizaines d’autobus de partisans avaient fait le voyage à partir de Québec pour venir nous supporter! Lorsque nous sommes sortis du vestiaire pour l’échauffement, il n’y avait pas grand monde dans les estrades. À notre retour aux vestiaires nous entendions de plus en plus de bruit dehors, mais nous ne savions pas que c’était nos partisans. En sortant pour le match, une marée rouge avait pris place dans les estrades. Ils faisaient tellement de bruit qu’on aurait dit que le SkyDome était plein! Le 13e joueur avait suivi son équipe!
Quels sont vos souvenirs des célébrations d’après-match sur le terrain et/ou dans le vestiaire?
Beaucoup d’émotions. En 1999, ma femme Patricia et mon fils Melvin avaient eu un problème d’immigration et s’étaient vu refuser l’entrée au Canada. Je ne les avais pas vus depuis 11 mois. C’est Glen qui m’avait convaincu de rester pour bâtir un avenir meilleur pour ma famille, car avant la saison j’étais sur le point de quitter. Alors à la fin du match tout est sorti...
Lorsque nous sommes arrivés aux vestiaires, il y avait du champagne dans toutes les cases. C’est un excellent souvenir!
Quelle fut la réaction sur le campus à votre retour?
Nous avons eu droit à un défilé dans les chars du Carnaval de Québec à travers le campus. Nous avons eu beaucoup de plaisir, ce fut une bonne rigolade entre coéquipiers! Nous avons été présentés au Colisée de Québec à l’ouverture d’un match des Remparts et à Montréal pour un match du Canadien. Nous avons aussi été présentés à l’Assemblée nationale.
À l’époque, comment cette victoire à la Coupe Vanier a-t-elle changé votre quotidien?
Cela n’a pas vraiment changé mon quotidien. Bien vite, il a fallu reprendre le chemin des cours.
À quelle fréquence vous remémorez-vous cette victoire à la Coupe Vanier?
À chaque fois que nous nous retrouvons entre anciens coéquipiers, il y a toujours quelques anecdotes salées qui ressortent, ce qui provoque toujours de bons moments de plaisir. Mais les discussions portent aussi sur l’équipe actuelle. Nous sommes tous des « experts » en la matière.
Parfois nous comparons l’édition 1999 avec les dernières éditions et nous constatons qu’elles sont toutes bien loin que de ce nous étions à l’époque! Les jeunes sont de mieux en mieux préparés et plus tôt. Les jeunes sont plus gros, plus forts, plus vites que nous l’étions. Le football est en santé au Québec et je crois que c’est un peu grâce à la victoire de 1999!
Selon vous, que voulait dire cette victoire pour le jeune programme de football de l’Université Laval?
Ça a été le début d’une dynastie. Cela peut paraître présomptueux, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ça a permis aux jeunes Québécois de ne plus avoir à s’exiler pour jouer du football de qualité. Ça a permis au football scolaire québécois de connaître un essor incroyable.
Ça a changé ma vie et celle de ma famille et pour cela je serai éternellement reconnaissant au programme de football du Rouge et Or.
Dans quel programme avez-vous étudié à Laval et dans quel domaine avez-vous travaillé suite à votre graduation?
J’ai un baccalauréat en intervention sportive. J’ai gradué en 2001 et j’ai été engagé par Glen pour travailler avec le Rouge et Or. Depuis maintenant quatre ans, je suis responsable du programme d’études-sport en football de l’Arsenal de l’Académie St-Louis.
