LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: Ryan Jones, Université Saint Mary’s (2001)
Lors de la 37e Coupe Vanier, les Huskies de Saint Mary’s ont mis fin à une disette de 28 ans et ont remporté le deuxième titre canadien de leur histoire grâce à un gain convaincant de 42-16 sur les Bisons du Manitoba au SkyDome à Toronto. Avec cette victoire, les Huskies mettaient un point d’exclamation à l’une des saisons les plus dominantes dans l’histoire du football de SIC, eux qui avaient déclassé leurs adversaires par 608 à 66 en route vers une fiche immaculée de 11-0. À sa deuxième participation à la Coupe Vanier en trois ans, le quart arrière de Saint Mary’s, Ryan Jones, avait été nommé joueur du match après avoir complété 19 de ses 32 passes pour des gains de 290 verges et trois touchés.
LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: 2001
Une conversation avec...
Ryan Jones, quart-arrière, Huskies de l’Université Saint Mary’s
Lors de la 37e Coupe Vanier, les Huskies de Saint Mary’s ont mis fin à une disette de 28 ans et ont remporté le deuxième titre canadien de leur histoire grâce à un gain convaincant de 42-16 sur les Bisons du Manitoba au SkyDome à Toronto. Avec cette victoire, les Huskies mettaient un point d’exclamation à l’une des saisons les plus dominantes dans l’histoire du football de SIC, eux qui avaient déclassé leurs adversaires par 608 à 66 en route vers une fiche immaculée de 11-0. À sa deuxième participation à la Coupe Vanier en trois ans, le quart arrière de Saint Mary’s, Ryan Jones, avait été nommé joueur du match après avoir complété 19 de ses 32 passes pour des gains de 290 verges et trois touchés.
Quel est votre principal souvenir de la semaine de la Coupe Vanier et de votre expérience en général en 2001?
La semaine a été comme un gros tourbillon. Il y avait la préparation, les entraînements, les réceptions, la famille, les amis, ce n’était pas facile de se concentrer sur le match. Nos entraîneurs ont fait de leur mieux pour que nous gardions les deux pieds sur terre et que nous restions concentrés sur la partie. Quand j’y repense, on dirait que tout s’est passé très vite, et tout à coup, le match était arrivé.
Quel est votre principal souvenir du match comme tel?
Je n’oublierai pas de sitôt l’attrapé acrobatique de Dave Stala au deuxième quart qui devait éventuellement mener à un touché. Quand j’ai décoché ma passe vers Dave, j’étais certain d’avoir lancé plusieurs pieds par-dessus sa tête, je croyais même que la passe allait être interceptée. Comme par magie, Dave a étiré son bras droit et a fait un attrapé d’une main, digne des faits saillants de fin de soirée. De plus, il savait qu’il allait payer le prix car il allait se faire frapper solidement en retombant au sol. Ce jeu a donné un deuxième souffle à notre attaque et nous avons traversé le terrain pour marquer un touché.
(Note: Stala, qui évolue présentement pour les Alouettes de Montréal et qui dispute sa 12e saison dans la LCF, a terminé la partie avec quatre réceptions pour des gains de 58 verges. Il s’occupait également des bottés de reprise et a conservé une moyenne de 49 verges en cinq bottés)
Quel fut le jeu clé du match selon vous?
L’attrapé de Dave était définitivement un jeu clé, mais un autre jeu qui a fait une grosse différence fut le touché sur un retour d’interception de Kyl Morrison en deuxième demie. À ce moment, le match était encore à la portée du Manitoba. Kyl y est allé à son tour d’un attrapé acrobatique, faisant dévier le ballon dans les airs avant de le rattraper sur une passe qui était destinée à un porteur de ballon qui sortait du champ arrière. Kyl nous avait habitués à ce genre de jeu tout au long de sa carrière, mais le voir effectuer un tel jeu lors d’un match aussi important que la Coupe Vanier était vraiment impressionnant. Ce jeu a littéralement coupé les jambes des Bisons et nous avons volé vers la victoire.
(Note: Morrison, qui a hérité du prix Bruce Coulter en tant que joueur par excellence du match en défensive, a marqué sur un retour de 18 verges après 5:39 de jeu au quatrième quart pour porter le pointage à 35-16 en faveur des Huskies. Saint Mary’s possédait une avance précaire de neuf points après trois quarts, mais a dominé le dernier engagement par 17-0 pour filer vers la victoire)
Personnellement, quel fut votre plus gros jeu ou votre plus importante contribution dans le match?
Je dirais une passe sur un long deuxième essai au deuxième quart. Le Manitoba possédait une excellente ligne défensive, notamment Israel Idonije, qui allait connaître une longue carrière dans la LNF. Ils ont appliqué beaucoup de pression tout au long du match et ce jeu n’avait pas fait exception. J’ai reçu la remise, j’ai reculé, et j’ai tout de suite senti la pression qui venait du milieu. Alors que je me croyais dans le pétrin, j’ai réussi à éviter un ou deux joueurs, puis j’ai complété une passe de 40 verges à Paul Flemming, qui était complètement seul. Nous avons marqué quelques instants plus tard.
Est-il survenu quelque chose d’inhabituel ou hors de l’ordinaire pendant le match ou pendant la semaine?
J’étais très nerveux et tendu pendant toute la semaine. C’était ma dernière saison et j’avais peur de perdre mon dernier match sur la plus grande plateforme qui soit. Je craignais que mes nerfs ne prennent le dessus le jour du match. On dirait que plus j’essayais de me calmer, plus ça empirait à mesure que la semaine avançait.
Le jour du match, nous sommes montés dans l’autobus et j’ai senti que mon cœur commençait à battre très rapidement. J’étais assis à côté de Mathieu Demers, notre secondeur étoile. Lors du trajet vers le SkyDome, sans dire un mot, Mathieu a sorti une photo de Larry Uteck, notre ancien entraîneur qui était désormais le directeur des sports à Saint Mary’s. Larry était atteint de la SLA, une terrible maladie qui l’affligeait depuis cinq ans et qui allait très bientôt lui coûté la vie. J’ai simplement regardé la photo et je me suis dit, voici un homme qui sait qu’il va bientôt laisser derrière lui sa femme et ses deux jeunes enfants, mais qui fait face à la maladie avec courage, détermination, et le sourire au visage. J’ai soudainement ressenti un grand calme et ma nervosité a disparu.
Je ne peux pas vraiment expliquer ce qui s’est passé quand Matt m’a tendu cette photo. Peut-être ai-je essayé d’emprunter un peu de courage à Larry, ou peut-être que la maladie de Larry a mis les choses en perspective. Je ne suis pas certain. Mais je sais que ça a contribué à notre victoire ce jour-là.
Les entraîneurs ont-ils changé quoi que ce soit dans la routine habituelle dans la préparation pour le match?
Pas vraiment. Les entraîneurs nous préparaient toujours de façon incroyable. C’est certain que pour ce match, il y a eu des ajustements en fonction du Manitoba, au niveau de la stratégie, du plan de match. Mais pour ce qui est de notre routine quotidienne et de notre horaire, les entraîneurs n’avaient rien modifié. Leur message était que ce voyage à Toronto était un voyage d’affaires. Cette approche a été très bénéfique.
Comment avez-vous réagi - vous personnellement et l’équipe - au stade et à la foule?
Nous avions participé à la Coupe Vanier au SkyDome en 1999, alors nous n’avons pas eu de surprise pour ce qui est du stade ou de la foule. Je crois que l’expérience de 1999 a été un gros avantage pour nous. Ça nous a permis de nous concentrer sur le match et de ne pas nous laisser emporter par la foule et toutes les autres distractions potentielles. Heureusement, le toit du Dome était fermé alors nous n’avons pas eu à nous soucier de la température, ce qui a grandement aidé notre offensive explosive et notre défensive ultra-rapide.
(Note: Les 480 points marqués par les Huskies lors des huit matchs du calendrier en 2001 représentent un record de la conférence Atlantique et leur vaut la deuxième place à l’échelle canadienne, tout juste derrière les 481 points inscrits par Laval en 2003. Leurs 35 points alloués -- une moyenne de 4,4 par rencontre – sont un standard national)
Quels sont vos souvenirs des célébrations d’après-match sur le terrain et/ou dans le vestiaire?
Tout d’abord, je me souviens que la traditionnelle chanson « We are the Champions » jouait dans le SkyDome alors que nous nous faisions l’accolade sur le terrain. Je me souviens aussi d’avoir reçu la Coupe Vanier sur l’estrade au centre du terrain. J’avais imaginé ce scénario à plusieurs reprises au cours de ma carrière, alors le fait de le vivre à mon tout dernier match me semblait irréel. Je m’étais ensuite dirigé vers les estrades pour y retrouver ma copine, qui est aujourd’hui mon épouse, de même que des membres de ma famille et des amis.
Toutefois, mon souvenir le plus spécial est d’avoir gravi les marches pour aller remettre la Coupe Vanier à Larry Uteck. Avoir la chance de remettre le trophée à Larry est un moment que je n’oublierai jamais.
Quels sont vos souvenirs du voyage de retour?
Le voyage avait été exténuant. Pour des raisons évidentes, nous n’avions presque pas dormi de la nuit et notre vol de retour vers Halifax était très tôt le lendemain matin. Ceci étant, nous avions eu beaucoup de plaisir et l’ambiance était évidemment à la fête. Quand nous sommes arrivés à Halifax, Nous avons été accueillis par beaucoup de membres de nos familles, de partisans et de médias. C’était toute une sensation de finalement ramener la Coupe à Halifax.
Quelle fut la réaction sur le campus à votre retour?
Honnêtement, je ne me souviens pas. J’étais tellement fatigué que dès que l’autobus nous a déposés sur le campus, j’ai marché vers la maison pour aller me reposer!
À l’époque, comment cette victoire à la Coupe Vanier a-t-elle changé votre quotidien?
Ma vie a changé immédiatement. Le jour suivant notre retour, je suis allé déjeuner à un restaurant au centre-ville de Halifax avec mon colocataire, Mark Ferris. Quand nous avons demandé la facture, la serveuse nous a dit que quelqu’un avait payé pour nous et elle nous a félicités pour notre victoire. Comme nous étions des étudiants fauchés, nous étions plutôt excités et nous espérions que ça allait continuer comme ça. Malheureusement, c’est la dernière fois que quelqu’un a payé notre facture!
À quelle fréquence vous remémorez-vous votre victoire à la Coupe Vanier?
J’ai de moins en moins l’occasion d’y repenser car j’ai désormais une jeune famille et ma carrière me tient très occupé. Par contre, quand on se retrouve entre anciens coéquipiers, on reparle toujours de la belle époque et en particulier de la Coupe Vanier.
Les Huskies avaient gagné leur seule Coupe Vanier précédente en 1973. Comment vous sentiez-vous après avoir aidé le programme à retrouver le sommet 28 ans plus tard?
C’était génial. Je crois sincèrement que notre victoire a contribué à mettre Saint Mary’s sur la carte, et pas uniquement au plan sportif. Je crois vraiment que beaucoup de gens connaissent aujourd’hui Saint Mary’s grâce à toute la couverture médiatique de la Coupe Vanier à travers le pays.
Notre victoire a aussi aidé à rebâtir la réputation de notre conférence. Plusieurs personnes disaient que notre conférence n’était pas du même calibre que les autres ligues de l’USIC car aucune équipe de l’Atlantique n’avait gagné la Coupe Vanier depuis belle lurette. Les autres équipes de notre conférence ont été ridiculisées cette année-là tellement nous les avions dominées. Mais en fin de compte, nous avons autant dominé les équipes des autres conférences.
(Note: Avant le triomphe de Saint Mary’s en 2001, la dernière équipe de l’Atlantique à avoir remporté la Coupe Vanier avait été Acadia en 1981. Avant leur victoire par 28 points sur le Manitoba à la Coupe Vanier, les Huskies avait écrasé Acadia par 38-7 en finale de SUA et Laval par 48-8 à la Coupe Atlantique)
À quel point était-ce spécial d’avoir finalement remporté un championnat pour Larry Uteck?
Avoir la chance de remettre la Coupe à Larry a été inoubliable pour moi. C’est lui qui m’avait attiré à Halifax et il a tellement contribué à mon développement, tant comme joueur que comme personne. Il a donné son cœur et son âme au programme des Huskies et a continué de contribuer à son succès, même après s’être retiré comme entraîneur.
Dans quel domaine avez-vous étudié à Saint Mary’s et dans quel domaine travaillez-vous aujourd’hui?
J’ai obtenu un baccalauréat en science et je travaille présentement comme gestionnaire régional pour Stryker, un manufacturier d’équipement médical.
