LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: Justin Éthier, Université Laval (2006)
Lors de la 42e Coupe Vanier, la première disputée à l’extérieur de l’Ontario, le Rouge et Or de l’Université Laval a remporté un troisième titre canadien en quatre ans – tous dans des villes différentes - grâce à un gain de 13-8 sur l’équipe locale des Huskies de la Saskatchewan devant une salle comble de 12 567 spectateurs au Stade Griffiths à Saskatoon. Le match étant joué dans des conditions hivernales, les deux équipes avaient peiné à bouger le ballon et le coordonnateur offensif de longue date de Laval, Justin Éthier, avait vu les siens s’imposer malgré une maigre récolte de 164 verges d’attaque nette, la plus faible de l’histoire pour des champions de la Coupe Vanier.
LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: 2006
Une conversation avec...
Justin Éthier, coordonnateur offensif, Rouge et Or de l’Université Laval
Lors de la 42e Coupe Vanier, la première disputée à l’extérieur de l’Ontario, le Rouge et Or de l’Université Laval a remporté un troisième titre canadien en quatre ans – tous dans des villes différentes - grâce à un gain de 13-8 sur l’équipe locale des Huskies de la Saskatchewan devant une salle comble de 12 567 spectateurs au Stade Griffiths à Saskatoon. Le match étant joué dans des conditions hivernales, les deux équipes avaient peiné à bouger le ballon et le coordonnateur offensif de longue date de Laval, Justin Éthier, avait vu les siens s’imposer malgré une maigre récolte de 164 verges d’attaque nette, la plus faible de l’histoire pour des champions de la Coupe Vanier.
Quel est votre principal souvenir de la semaine de la Coupe Vanier et de l’expérience en général?
C’était particulier parce que c’était la première fois qu’on jouait une Coupe Vanier à l’extérieur de l’Ontario. On avait toujours vécu ça à Toronto ou à Hamilton lors de nos trois présences précédentes en finale. C’était une expérience d’aller à Saskatoon en sachant que l’équipe locale allait être présente. Je me souviens que quand les Huskies ont joué leur demi-finale nationale à Ottawa, la semaine précédente, ça avait été très serré et on pensait que les Gee-Gees allaient l’emporter.
(Note: Lors des demi-finales canadiennes de 2006, les Huskies avaient vaincu les Gee-Gees par 35-28 à Ottawa, alors que le Rouge et Or avait facilement disposé de Laurier par 57-10 à Québec)
Vous aviez subi l’élimination en demi-finale canadienne face à ces mêmes Huskies la saison précédente à Saskatoon, vous empêchant de disputer la finale nationale pour une troisième année de suite. Cette défaite est-elle devenue un élément de motivation?
Absolument. On a toujours eu le luxe au fil des ans de pouvoir se reprendre. Dans ce cas, cette chance nous a été servie sur un plateau d’argent dès l’année suivante. En 2005, ce sont les Huskies qui avaient envie de prendre une revanche, celle de la demi-finale de 1999 où nous les avions battus à la maison à Québec, mais surtout celle de la Coupe Vanier de 2004 où nous les avions battus à Hamilton. Après notre défaite de 2005, on a eu l’opportunité de les revoir dès la saison suivante, ce qui rendait le scénario idéal.
C’était idéal de les revoir, oui, mais de le faire chez eux, devants leurs partisans, c’était un peu moins évident.
(Note: La Coupe Vanier de 2006 était le quatrième face-à-face en huit ans entre Laval et la Saskatchewan. Le Rouge et Or s’était imposé par 27-21 à la Coupe Churchill en 1999 à Québec et par 7-1 à la Coupe Vanier en 2004 à Hamilton, alors que les Huskies l’avaient emporté par 29-27 à la Coupe Mitchell en 2005 au Stade Griffiths)
Quel est votre principal souvenir du match comme tel?
On ne peut pas passer à côté des conditions météo extrêmes. Mon plus beau souvenir, c’est de voir les gars avant le match, dans un petit vestiaire humide et froid, se préparer comme ils l’ont fait. Je les sentais sereins et excités de jouer cette rencontre-là, comme ils devaient l’être, mais les conditions étaient tellement extrêmes... C’était impensable de jouer un match de football dans ce froid. Ça m’avait frappé dans le vestiaire : les gars ne semblaient pas dérangés par ça. On a eu à le gérer, mais ça ne nous a jamais dérangés.
Quels ajustements avez-vous dû apporter à l’attaque afin de contrer ce froid polaire?
Cette année-là, on avait une excellente attaque aérienne, donc ça nous a fait mal de ne pas pouvoir lancer le ballon. C’était extrêmement difficile, voire impossible de déployer notre jeu aérien à son plein potentiel. On a dû être patient. On savait que ça allait être serré, qu’on devrait protéger le ballon et être un peu plus conservateurs.
(Note: Mené par le quart-arrière étoile Benoît Groulx, qui avait mérité sa première de trois nominations au trophée Hec Crighton en 2006, Laval avait conservé une moyenne de 307,5 verges aériennes par match en saison régulière. Lors de la Coupe Vanier, Groulx, qui allait remporter le Hec en 2008, n’avait pu compléter que 10 de ses 23 passes pour 106 verges de gains, mais avait bien protégé le ballon et n’avait pas été intercepté)
Quel fut le jeu clé du match selon vous?
Je me souviens d’un jeu qui a mené à notre seul touché du match. Juste avant la mi-temps, Benoît Groulx s’échappe de la pochette protectrice et lance une passe de 42 verges à Samuel Grégoire-Champagne le long des lignes de côté. Ce jeu nous a permis d’inscrire un touché quelques instants plus tard sur une course de Guillaume Allard-Caméus et de rentrer au vestiaire avec une avance de 10-2.
(Note: Grégoire-Champagne, qui avait reçu le prix Bruce Coulter à titre de meilleur joueur offensif du match, avait amassé 87 des 106 verges aériennes de Laval grâce à ses cinq réceptions, un sommet dans la rencontre)
Est-il survenu quelque chose d’inhabituel ou hors de l’ordinaire pendant le match ou pendant la semaine?
C’était inhabituel de vivre une Coupe Vanier où nous n’étions pas sur un terrain neutre. L’organisation à Saskatoon était excellente, mais puisque l’équipe locale faisait partie du match, ça rendait les choses différentes.
Je me souviens aussi que tout le monde parlait beaucoup du froid. Le mercure a descendu sans arrêt tout au long de notre séjour. À chaque entraînement, on se disait « ce n’est pas si pire », mais dans les faits, jusqu’au jour du match, la température a toujours dégringolé.
La meilleure façon d’expliquer le jour de la Coupe Vanier, c’est qu’à chaque année depuis 2006, en janvier ou février à Québec, quand je me lève le matin et il fait -30 ou -35 degrés, je sors dehors et je me dis qu’un match de football a été disputé dans de telles conditions. C’est incroyable!
Avez-vous changé quoi que ce soit dans la routine habituelle dans la préparation pour le match?
La routine de préparation a été pas mal la même. Certaines personnes dans l’organisation comme l’équipe médicale, les bénévoles, les responsables de l’équipement ont mis la main à la pâte afin de trouver des solutions pour gérer le froid. Ils ont fait un travail extraordinaire afin de s’assurer que les athlètes étaient le moins possible affectés par le froid.
Comment l’équipe a-t-elle réagi au stade et à la foule hostile de Saskatoon?
On a plutôt bien réagi. J’ai toujours dit que c’était plaisant de jouer des matchs dans ce type de situation. J’ai un plus beau souvenir de cet environnement que des matchs disputés dans de plus grands stades devant des foules peu partisanes de 10 000 ou 15 000 personnes. De toute façon, quand le match commence, tu ne t’en rends pas compte de la foule. Et je suis impressionné que le stade ait été plein avec un tel froid!
Quels sont vos souvenirs des célébrations d’après-match sur le terrain et/ou dans le vestiaire?
C’est assez simple! Le stade s’est complètement vidé, parce que l’équipe locale avait perdu, mais surtout en raison du grand froid. Je me souviens d’une cinquantaine de gars, les entraîneurs et quelques membres de l’organisation, avec de gros sourires, qui célèbrent. Et soudainement, pour la première fois de la journée, la chaleur est présente. C’est fou ce que l’adrénaline peut procurer comme sentiment.
Mon deuxième souvenir est de rentrer au vestiaire et de voir que tout le monde rêvait à une douche, mais malheureusement, il n’y avait pas d’eau chaude...
Quelle fut la réaction sur le campus et dans la ville au cours de la semaine suivant votre victoire?
On a eu droit à un défilé sur la Grande-Allée. Le support des gens de Québec est toujours incroyable. On a participé à plusieurs activités et les amateurs nous arrêtaient dans la rue, nous félicitaient. C’est une belle expérience pour les joueurs et pour les autres membres de l’organisation.
À l’époque, comment cette victoire à la Coupe Vanier a-t-elle changé votre quotidien?
Ça n’a pas beaucoup changé notre quotidien. Je me souviens par contre que c’était une grosse victoire parce qu’en 2006, on avait une équipe en reconstruction, même si c’est un terme qu’on utilise peu à Laval. On vise toujours les plus hauts sommets, mais en début d’année, on voyait que c’était une formation en transition. On y croit toujours, mais de gagner la Coupe Vanier cette année-là avait été particulier.
À quelle fréquence repensez-vous et discutez-vous de cette victoire à la Coupe Vanier?
On en parle quand on rencontre des joueurs de cette édition-là, mais sans plus. J’ai toujours une pensée pour ce match en hiver. On n’a jamais connu, ici à Laval, un match disputé dans de conditions aussi froides.
Dans quel programme et à quelle université avez-vous étudié et dans quel domaine avez-vous travaillé suite à votre graduation?
J’ai un baccalauréat en activité physique à l’Université de Montréal. J’ai travaillé dans le coaching par la suite et je me suis joint au Rouge et Or en 1997.
