LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: John Makie, Université du Manitoba (2007)
Lors de la 43e Coupe Vanier, les Bisons du Manitoba ont mis fin à une disette de 37 ans et ont remporté le troisième titre canadien de leur histoire grâce à un gain de 28-14 sur les Huskies de Saint Mary’s au Centre Rogers à Toronto. Avec cette victoire, les Bisons complétaient une saison parfaite de 12-0 et devenaient la première équipe de Canada-Ouest à être couronnée depuis 1998. John Makie était le quart-arrière du Manitoba ce jour-là et a mérité le prix Bruce Coulter remis au meilleur joueur offensif du match après avoir récolté 261 verges et un touché par la passe, en plus d’inscrire un majeur sur une course de six verges.
LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: 2007
Une conversation avec...
John Makie, quart-arrière, Bisons de l’Université du Manitoba
Lors de la 43e Coupe Vanier, les Bisons du Manitoba ont mis fin à une disette de 37 ans et ont remporté le troisième titre canadien de leur histoire grâce à un gain de 28-14 sur les Huskies de Saint Mary’s au Centre Rogers à Toronto. Avec cette victoire, les Bisons complétaient une saison parfaite de 12-0 et devenaient la première équipe de Canada-Ouest à être couronnée depuis 1998. John Makie était le quart-arrière du Manitoba ce jour-là et a mérité le prix Bruce Coulter remis au meilleur joueur offensif du match après avoir récolté 261 verges et un touché par la passe, en plus d’inscrire un majeur sur une course de six verges.
Quel est votre principal souvenir de la semaine de la Coupe Vanier et de votre expérience en général?
Mon principal souvenir est la façon dont nous avons été traités à Toronto, de la première à la dernière minute. L’Hôtel Royal York était fantastique, tous les repas, les réceptions, le stade... À l’époque, nos installations au Manitoba n’étaient pas exactement les plus récentes au pays. Notre terrain de pratique n’avait même pas de zones des buts. À Toronto, nous nous sentions comme des professionnels.
Quel est votre principal souvenir du match comme tel?
Je me souviens du moment où j’ai posé le genou au sol après avoir écoulé les dernières secondes du match. Tous les mauvais souvenirs de notre défaite crève-cœur en finale de conférence l’année précédente se sont envolés. Ce fut une sensation incroyable.
Je m’étais fait taper sur les doigts par nos entraîneurs au début de la saison car j’avais dit à un journaliste de Gloval TV à Winnipeg, Joe Pascucci, que je croyais que notre équipe allait se rendre jusqu’au bout et gagner la Coupe Vanier. Quand j’ai été confronté à ce propos, je ne me suis pas excusé. Je le croyais au plus profond de moi-même, et je crois que c’était le cas pour plusieurs de mes coéquipiers. Le fait d’avoir pu tenir cette promesse m’a donné un grand sentiment de satisfaction.
(Note: Les Bisons s’étaient présentés à la finale de Canada-Ouest de 2006 avec un dossier de 9-0, incluant une victoire de 35-16 sur la Saskatchewan en saison régulière, mais se sont inclinés par 32-15 devant les Huskies à la Coupe Hardy)
Quel fut le jeu clé du match selon vous?
Le tournant du match, pour toute l’équipe, fut la blessure de notre porteur de ballon Matt Henry, qui s’était fracturé la jambe.
Pendant que l’équipe médicale s’occupait de lui sur le terrain, je discutais sur les lignes de côté avec un de nos entraîneurs, Jeff Stead, qui faisait face à l’écran géant. Je n’avais pas très bien vu le jeu quand c’est arrivé, alors personne ne réalisait encore la gravité de la blessure. À un certain moment, j’ai entendu une sorte de grognement de la part des 26 000 spectateurs. Je me suis retourné rapidement vers l’écran, mais j’avais encore manqué le jeu. En me retournant vers Coach Stead, j’ai vu qu’il avait le visage un peu blanc et il m’a dit, « Matt ne reviendra pas au jeu ». Dès ce moment, c’est devenu notre mission de gagner pour lui.
Personnellement, quel fut votre plus gros jeu ou votre plus importante contribution dans le match?
Je n’oublierai jamais mon touché au sol. Je ne courrais jamais avec le ballon.
Le jeu s’appelait « 14 hot BOB left FLIN/Bolt ». J’ai accepté la remise et ai regardé mes deux principales cibles, Jeff Strome et Karim Lowen, qui se sont rentrés dedans et sont tombés au sol. J’ai donc rapidement regardé du côté de Randy Simmons, qui était également mon colocataire. Il ne s’attendait pas du tout à recevoir le ballon alors il me regardait avec de grands yeux. Après quelques secondes d’hésitation, je me suis mis à courir vers la zone des buts. Pendant les secondes qui ont suivi, j’ai vu toute ma carrière de footballeur repasser devant mes yeux. Je me rappelais quand j’étais jeune et que nous jouions des matchs dans notre cour arrière à Regina et que je rêvais de marquer le touché gagnant dans un match de championnat. Pour ajouter un peu d’effet dramatique, j’ai plongé en entrant dans la zone des buts. Je me suis relevé le plus rapidement possible pour sauter dans les bras de mes coéquipiers. À cet instant, ça ne faisait plus de doute pour moi, nous allions gagner.
(Note: Makie a inscrit son touché après 4:41 de jeu au troisième quart pour procurer au Manitoba une avance de 20-8)
Les entraîneurs ont-ils changé quoi que ce soit dans la routine habituelle dans la préparation pour le match?
Non... outre le fait de nous répéter 1000 fois qu’ils ne changeraient rien à la préparation pour ce match.
Est-il survenu quelque chose d’inhabituel ou hors de l’ordinaire pendant le match ou pendant la semaine?
Tout était simplement plus gros que d’habitude. Nous savions que nous allions jouer devant la plus gros foule de notre vie. Il y avait pas mal d’anxiété dans le vestiaire, quelques gars avaient même la même un peu courte. D’autres riaient pour rien car ils étaient nerveux. Notre vestiaire avant le match aurait pu servir de laboratoire pour une intéressante expérience sociologique.
Comment avez-vous réagi - vous personnellement et l’équipe - au stade et à la foule?
Pendant le réchauffement, il n’y avait pas beaucoup de spectateurs dans les gradins. Ce à quoi nous étions habitués à la maison! Mais lorsque nous sommes revenus sur le terrain pour le match, le bruit était assourdissant et nous avons rapidement compris que nous allions vire quelque chose de spécial. J’ai ressenti le bruit de la foule jusque dans mon estomac. À nos matchs dans l’Ouest, je cherche toujours ma mère des yeux pendant le Oh Canada et elle m’envoie la main. C’est notre tradition. Cette fois, je n’ai pas osé lever les yeux. J’avais peur d’être déconcentré.
(Note: La foule de 26 787 est la huitième plus nombreuse dans l’histoire de la Coupe Vanier. La Coupe Vanier de 2007 était disputée le même week-end que la Coupe Grey au Centre Rogers et une autre équipe de Winnipeg, les Blue Bombers, était en ville pour affronter les Roughriders de la Saskatchewan)
Quels sont vos souvenirs des célébrations d’après-match sur le terrain et/ou dans le vestiaire?
Après les entrevues d’après-match sur le terrain, j’étais un des derniers gars à retourner au vestiaire. Les officiels du match étaient rassemblés près de notre porte. Ils m’ont demandé si je pouvais leur rendre un service et sortir la Coupe Vanier du vestiaire pendant quelques instants afin qu’ils puissent se prendre en photo avec le trophée. J’ai dit, « Les gars, vous réalisez que vous me demandez d’aller arracher le trophée des mains de mes coéquipiers? Ça va vous coûter cher! » Disons que nous nous sommes entendus sur une transaction mutuellement profitable qui incluait peut-être des breuvages interdits dans le vestiaire...
Quels sont vos souvenirs du voyage de retour?
Sur le vol de retour, j’étais assis avec un de mes bons amis, le centre Kurtis Stolth. Nous n’avions pas le droit de prendre de la boisson sur l’avion. Nous avions respecté les règles pendant toute la saison, mais comme nous venions de gagner la Coupe Vanier, nous avons décidé que nous avions le droit à quelques bières. Quand nous sommes arrivés à Winnipeg, nous n’en revenions pas de la masse de gens qui s’étaient déplacés pour nous accueillir. C’était génial!
Quelle fut la réaction sur le campus à votre retour?
Quand je me suis présenté sur le campus le lundi après notre victoire, je mettais de l’argent dans le parcomètre quand un gars que je n’avais jamais vu de ma vie m’a dit, « Tu es le quart-arrière des Bisons, pas vrai? Félicitations pour votre victoire. » Je me sentais un peu comme une célébrité.
Nous avons eu droit à plusieurs réceptions, etc., mais le meilleur moment fut le retour de notre coéquipier Matt Henry lors d’un rassemblement. C’était incroyable de le voir enfin soulever la Coupe.
À l’époque, comment cette victoire à la Coupe Vanier a-t-elle changé votre quotidien?
J’ai eu la chance de rencontrer tellement de gens. J’ai même eu l’honneur de voyager avec l’ancien premier ministre du Manitoba, Gary Doer, qui devait honorer un pari qu’il avait perdu face à son homologue de la Saskatchewan, Brad Wall, en raison du revers des Bombers à la Coupe Grey. Il devait se rendre à la frontière du Manitoba et de la Saskatchewan avec un chandail des Riders sur le dos. Il a honoré son pari, mais il a amené son propre champion canadien avec lui.
À quelle fréquence vous remémorez-vous votre victoire à la Coupe Vanier?
On en reparle assez souvent. Ce fut un événement important dans ma vie. Et c’est vrai ce que disent les gens : Plus les années passent, meilleurs on est quand on se remémore le match! Nos anciens entraîneurs nous disent souvent, « Vous n’êtes pas l’équipe la plus talentueuse que nous avons dirigée, mais vous êtes celle qui est allée jusqu’au bout ».
Dans quel domaine avez-vous étudié à l’Université du Manitoba et dans quel domaine travaillez-vous aujourd’hui?
J’ai obtenu un baccalauréat en arts avec une majeure en histoire. Je travaille présentement pour la Société canadienne de la sclérose en plaques. Je suis également entraîneur-adjoint avec les Bisons, et ma femme et moi avons un beau petit garçon, John Beau Makie IV.
