LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: Pat Sheahan, Gaels de l’Université Queen’s (2009)
Lors de la 45e Coupe Vanier, la première disputée à Québec, les Gaels de Queen’s ont réalisé la plus importante remontée après la mi-temps dans l’histoire du match pour vaincre les Dinos de Calgary par 33-31 devant une salle comble de 18 628 amateurs au Stade du PEPS. Il s’agissait d’un quatrième titre canadien pour les Gaels, qui avaient déjà triomphé en 1968, 1978 et 1992. Il s’agissait également d’une première conquête de la Coupe Vanier comme entraîneur-chef pour Pat Sheahan, qui avait aidé McGill à décrocher la bannière de l’USIC comme coordonnateur offensif en 1987 et avait guidé Concordia jusqu’en finale en 1998, avant de voir ses Stingers s’incliner par 24-17 devant la Saskatchewan.
LES ENTREVUES DE LA 50E COUPE VANIER: 2009
Une conversation avec...
Pat Sheahan, entraîneur-chef, Gaels de l’Université Queen’s
Lors de la 45e Coupe Vanier, la première disputée à Québec, les Gaels de Queen’s ont réalisé la plus importante remontée après la mi-temps dans l’histoire du match pour vaincre les Dinos de Calgary par 33-31 devant une salle comble de 18 628 amateurs au Stade du PEPS. Il s’agissait d’un quatrième titre canadien pour les Gaels, qui avaient déjà triomphé en 1968, 1978 et 1992. Il s’agissait également d’une première conquête de la Coupe Vanier comme entraîneur-chef pour Pat Sheahan, qui avait aidé McGill à décrocher la bannière de l’USIC comme coordonnateur offensif en 1987 et avait guidé Concordia jusqu’en finale en 1998, avant de voir ses Stingers s’incliner par 24-17 devant la Saskatchewan.
Quel est votre principal souvenir de la semaine de la Coupe Vanier et de votre expérience en général en 2009?
Nous avions trois jeunes entraîneurs cette année-là, soit mon fils, Ryan Sheahan, ainsi que Mike Stagg et Ryan Bechmanis, et ils ont fait un travail colossal d’un point de vue logistique afin de s’assurer qu’aucun détail n’était négligé. Tom Hopkins et Geoff Mellor ont aussi fait tout un boulot du côté de l’organisation des pratiques.
Quand vous partez sur la route pour cinq ou six jours pour un championnat canadien, il y a tellement de choses à s’occuper. Tout le monde a mis la main à la pâte. Nous venions de remporter une victoire très émotive contre Laval lors de la Coupe Mitchell et nous n’avions pas beaucoup de temps pour nous réorganiser suite à ce match.
Je dois aussi souligner la contribution de gens comme Joey Pal, Skip Eaman, Paul Hand, Don Bayne et Bob McFarland pour ce qui est des célébrations et de la réception organisée pour l’équipe suite à notre victoire à la Coupe Vanier.
Quel est votre principal souvenir du match comme tel?
Nous tirions de l’arrière par 25-7 après 30 minutes de jeu, alors c’était une situation particulière à la mi-temps. Nous n’avions pas très bien joué à la première demie, il y a plusieurs petites choses que nous n’avions pas bien exécutées. Quand j’y repense, notre début de match difficile ne me surprend pas vraiment. À 6h30 du matin, les entraîneurs couraient d’un bord et de l’autre pour charger l’autobus, car gagne ou perd, nous repartions le soir même. C’était le matin du plus gros match de notre vie et que faisaient les entraîneurs à 6h30? Ils étaient debout et chargeaient l’autobus.
À la mi-temps, je me souviens d’avoir eu une conversation très calme, mais aussi très franche avec nos joueurs. Je leur ai dit que tout le monde s’attendait à ce qu’on sorte en deuxième demie et qu’on change notre style, qu’on y aille pour des gros jeux. Je leur ai dit qu’au contraire, il ne fallait pas changer notre plan. J’avais la conviction que si nous marquions le premier touché de la deuxième demie et réduisions l’écart à 11 points, nous pourrions remonter la pente. Par contre, c’est certain que si Calgary marquait en premier et ajoutait à son avance, ce serait difficile.
Lors de notre première série à l’attaque après la pause, nous avons utilisé deux formations que nous n’avions pas utilisées de l’année, sans aucun joueur dans le champ arrière. Ça a dû les déstabiliser car ils ont utilisé deux temps d’arrêts, ce qui allait revenir les hanter plus tard dans le match.
Quel fut le jeu clé du match selon vous?
Sur cette première série en deuxième demie, nous avons réussi un premier essai, ce qui nous a donné un certain élan. Ensuite, sur un deuxième et 10, Danny Brannagan a lancé une passe à mon fils, Devan, qui a marqué un touché de 60 verges. Ce jeu nous a redonné vie mais surtout, il a prouvé que si nous gardions le cap et continuions de suivre le plan de match, nous pourrions remonter la pente.
Dans un match de championnat, c’est difficile d’identifier seulement un jeu clé. Ce touché fut un gros jeu, c’est certain. Mais Scott Valberg a également réussi quelques gros attrapés. Blaise Morrison et nos porteurs de ballon, Marty Gordon et Jimmy Therrien, ont également très bien fait. Tout comme notre botteur, Dan Village.
(Note: Queen’s a marqué 26 points sans riposte après la pause de la mi-temps pour s’emparer d’une avance de 33-25 après six minutes de jeu au quatrième quart. Danny Brannagan, l’un des nombreux joueurs de Queen’s qui disputaient leur dernier match universitaire, a été nommé joueur par excellence de la rencontre après avoir complété 17 de ses 33 passes pour des gains de 286 verges et trois touchés. Valberg, lui aussi un vétéran de cinquième saison, a dominé les receveurs des Gaels avec sept attrapés pour 109 verges et deux majeurs)
Est-il survenu quelque chose d’inhabituel ou hors de l’ordinaire pendant le match ou pendant la semaine?
Pendant le match comme tel, je dirais que le fait d’avoir forcé Calgary à prendre deux temps d’arrêt rapides en début de deuxième demie était inhabituel.
Pour ce qui est des jours avant le match, j’ai eu droit à une très belle surprise le lundi soi, juste avant notre réunion d’entraîneurs. Bob Wright, le quart-arrière de l’équipe de Queen’s qui avait atteint la Coupe Vanier en 1983 et un de nos diplômés les plus actifs, s’est présenté à mon bureau et m’a remis une bouteille de vin au nom des anciens du programme. Il tenait à me dire à quel point ils étaient fiers de notre saison, peu importe quel serait le résultat du match de la Coupe Vanier. À un certain moment, il m’a dit, « Tu vas voir, quand tu vas arriver à Québec, tout va aller très vite, peut-être même trop vite. À ce moment, verse-toi un bon verre de vin et prend quelques instants pour savourer cette semaine très spéciale. »
J’ai vu Bob sur le terrain après le match. Malheureusement, il est tombé malade peu de temps après et est décédé. Alors je n’oublierai pas son geste de sitôt.
Les entraîneurs ont-ils changé quoi que ce soit dans la routine habituelle dans la préparation pour le match?
C’est toujours différent quand on va sur la route pendant presqu’une semaine. Je crois que notre coordonnateur défensif, Pat Tracey, est celui qui a le plus souffert lors des premiers jours. Pat est un maniaque de l’analyse vidéo et il n’était pas dans son environnement habituel, notre équipement ne fonctionnait pas à son goût. Ce n’est que tard dans la nuit de mercredi à jeudi, grâce à l’aide de Ryan Bechmanis et Bob Vespaziani, qu’il a commencé à sentir qu’il avait un bon plan de match pour Calgary. Il faut dire que Pat et son groupe avaient passé tellement de temps à se préparer pour Laval, ils n’avaient eu le temps de se préoccuper de rien d’autre avant la fin de ce match.
Comment l’équipe a-t-elle réagi au stade, à la foule, aux conditions climatiques?
Nous étions en quelque sorte les méchants lorsque nous nous sommes présentés à Québec puisque nous avions un peu gâché la fête en battant l’équipe locale de Laval à la Coupe Mitchell. Tous les billets pour la Coupe Vanier étaient vendus car les amateurs s’attendaient à ce que leur équipe soit du match.
Je dirais que si on avait posé la question aux amateurs à leur arrivée au stade, la plupart d’entre eux n’auraient pas nécessairement été pro-Calgary, mais ils auraient été anti-Queen’s.
Quels sont vos souvenirs des célébrations
d’après-match sur le terrain et/ou dans le
vestiaire?
La présentation des différents trophées a été plutôt chaotique. L’annonceur-maison a fait son possible et a rappelé à plusieurs reprises aux amateurs qu’ils ne pouvaient sauter sur le terrain après le match, mais j’ai bien peur que quand on dit ça aux fans de Queen’s, ça équivaut à leur donner le feu vert pour faire le contraire.
Ce fut très émotif sur le terrain avec les membres de nos familles, les amis, les diplômés, les anciens de l’équipe. Pour être honnête, plusieurs anciens semblaient avoir de la difficulté à réaliser que nous avions gagné la Coupe Vanier. Peu de gens croyaient en nos chances contre Western, et encore moins contre Laval, et voilà que nous venions de battre Calgary aussi.
Nous avons eu droit à une belle réception organisée par l’entourage de l’équipe. Puis, 19h30 est arrivé rapidement et il a fallu sauter dans l’autobus.
(Note: Queen’s a connu un parcours éliminatoire mémorable en 2009. Après avoir vaincu McMaster par 32-6 en demi-finale de SUO, les Gaels ont remporté de folles victoires de 43-39 sur Western à la Coupe Yates et de 33-30 contre Laval à la Coupe Mitchell, avant leur remontée historique contre Calgary à la Coupe Vanier)
Quels sont vos souvenirs du voyage de retour?
Je crois qu’il était 3h45 du matin quand nous sommes finalement arrivés chez moi. Et qu’avons-nous fait ma femme et moi? Nous avons regardé la reprise du match à la télévision. C’était génial.
Quelle fut la réaction sur le campus à votre retour?
Évidemment, nous ne pouvions être à deux endroits au même moment, alors nous n’avons pas été témoins de ça. Mais on nous a dit que tous les étudiants dans le quartier de l’université sont sortis dans la rue et qu’une énorme célébration a éclaté. J’aurais bien aimé voir ça.
La réalité nous a vite rattrapés par contre. Ma femme n’avait pas voulu nous inquiéter avec ça, mais elle nous a dit le lundi qu’elle devait subir une sérieuse opération le mercredi.
Pour ma part, je suis tombé malade le mercredi soir, alors je n’ai pas pu être présent lors de la parade organisée pour l’équipe le jeudi. Ce fut une belle célébration pour toute l’équipe par contre.
À l’époque, comment cette victoire à la Coupe Vanier a-t-elle changé votre quotidien?
Tout entraîneur se soumet à une introspection à un certain moment au cours de sa carrière. Je me souviens que j’avais 30 ans et que j’en étais seulement à ma quatrième année comme adjoint avec McGill lorsque nous avons gagné la Coupe Vanier en 1987. Quand ça vous arrive si tôt dans votre carrière, vous ne réalisez pas complètement la chance que vous avez et à quel point c’est difficile non seulement de gagner ce championnat, mais simplement d’y participer.
De plus, à Queen’s, les anciens ne se gênaient pas pour souligner que le programme avait atteint la Coupe Vanier à chaque décennie, soit en 1968, 1978, 1983 et 1992. Moi, ma décennie achevait. Je pouvais imaginer les critiques si nous avions sauté une décennie. Qu’on le veuille ou non, ça ajoutait un peu de pression. Mais en fin de compte, ce fut un scénario parfait.
Je me suis fait un devoir de rappeler à mes deux fils de bien savourer cette conquête et de leur dire qu’avec les années, ils réaliseraient à quel point c’est un accomplissement spécial.
À quelle fréquence vous remémorez-vous votre victoire à la Coupe Vanier?
Mon souvenir sera toujours celui d’un groupe d’individus exceptionnels qui ont accompli quelque chose d’exceptionnel ensemble. Ce n’est pas simplement le fait d’avoir connu une bonne saison; parfois, ça prend toute une carrière pour se retrouver en position de gagner un championnat canadien.
Dans quel domaine avez-vous étudié, à quelle université, et y avez-vous joué au football?
J’ai un baccalauréat en science de l’éducation physique et une maîtrise en éducation de Concordia, ainsi qu’une maîtrise en administration du sport de McGill. J’ai joué au football pendant cinq saisons à Concordia comme ailier rapproché et joueur de ligne offensive.
